Y'a des nuits comme ça où, vers une ou deux heures du matin, on a comme une envie de se barrer et de courir droit devant, loin, loin jusqu'à n'en plus pouvoir. C'est ce que je fais de temps en temps. A courir à travers les champs ou les rues désertes où l'on ne croise que quelques grosses Mercedes et quelques chats errants, on entre en connivence avec la nuit et son atmosphère unique, elle nous fait partager ses petits secrets... le silence quasi-complet, pas pesant mais plutôt apaisant... les petits bruits qui le coupent et qui revêtent une nouvelle valeur, les arbres qui bruissent dans la brise, le grésillement surnaturel des feux rouges arrêtés sur l'orange clignotant, le clapotis des fontaines de jardin dans les lotissements, une porte qui claque au loin, le cri d'un oiseau de nuit... les images irréelles d'un monde bleu sous la lune, orangé sous les lampadaires, le ciel immense et bienveillant, ce minuscule amas d'étoiles qu'on ne peut voir en le regardant en face, mais juste à côté de lui, le magnifique croissant de lune rousse que j'ai aperçu quelques secondes à la sortie du village avant de repartir dans l'autre sens... je lui ai couru après à travers tout le village pour le revoir, j'ai même cru avoir rêvé, et il a réapparu, au-dessus de la rivière, entre les arbres, mon petit cadeau.
La nuit, tout est différent, on est différent. On se sent exister plus, rien qu'à écouter l'écho de ses pas, le bruit de sa respiration, sentir le sang qui nous bat aux tempes, courir et laisser derrière nombre de pensées, jusqu'au retour, épuisé, détendu, apaisé. Avec la satisfaction d'avoir vécu un moment d'intimité avec la nuit qu'on a été tout seul à partager avec elle, entre pénombre, silence et sensations.
[c'était bien la peine de repartir en vélo jusqu'au pont pour prendre cette foutue lune en photo, mon téléphone est tellement merdique qu'on la voit même pas. De dépit, une photo merdique limite psychédélique dudit feu orange clignotant -> brrrzz-brrzz-brrzz...]